Qu’est ce qu’une nation ?
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Ce texte assez court est la transcription d’une conférence donnée par Ernest Renan à la Sorbonne en 1882
Il conviendra de se remémorer les quelques évolutions de langue et de vocabulaire pour éclairer les textes. Il reste d’une étonnante actualité. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les quelques extraits qui suivent.
Les nations….. sont quelque chose d'assez nouveau dans l'histoire. » ….. L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L'investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l'origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été le plus bienfaisantes. ….. « La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. » (En 1882 déjà….) Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n'étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ernest Renan examine les fondements religieux, raciaux, linguistiques géographique pour les réfuter Il en conclut. Qu’une nation « principe spirituel » est faite de deux choses : L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs »….. « L’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis.
Et la chute du texte vaut le reste
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. "Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine". - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé.
…une chose est sure, la question que pose Ernest Renan n’est pas démodée ! D’aucuns, les Bretons notamment, trouveront plus discutable cette affirmation :
Un fait honorable pour la France, c'est qu'elle n'a jamais cherché à obtenir l'unité de la langue par des mesures de coercition.
J’ai lu le texte dans un petit livre préfacé et commenté par Nicolas Tenzer aux éditions des Mille et une nuits mais il ne semble plus disponible. (Il faut dire que le prix de 1.86 euros ne doit pas exciter outre mesure les distributeurs…). Ses commentaires sont intéressants, notamment ceux qui concernent l’opinion de Renan selon laquelle les pages noires ou honteuses d’une Nation doivent être oubliées.
A défaut, on peu trouver ce texte intégral sur Wikisource. Il semblerait qu’il figure également dans l’introuvable « Discours et Conférences » de E. Renan.
D'autres livres du même auteur peuvent être trouvés sur ici.
